A vendre deux pièces, avec vue sur cimetière et balcon fleuri,
L’annonce ne raconte pas qui y vécut, malheureux, anéanti,
Troisième étage, ascenseur, porte G, plus aucun nom d’inscrit,
L’ombre d’un poète ricane, méchamment, dans ce lieu maudit.
L’heure, où s’allument les réverbères se promène le jeune Werther,
Quelques poèmes de douleur frémissent dans ses poches usées,
L’amour est mort sans voir le beau temps, yeux palis de misère,
A suivre l’exemple de la passion impossible, on songe à se tuer.
A vendre, poésie bon marché pour midinette en fleur de dimanche,
Des rimes griffonnées qui ne se survivront pas à l’usure du temps,
Ceux qui souffrent en dedans, de leurs tourments, font la manche,
La compassion soulève des émotions dont n’ont cure les amants.
On fit visiter l’appartement, à une jeune couple, tout juste marié,
Ils décidèrent de s’y installer et en faisant le ménage des lieux,
Ils découvrirent dans un recoin, en boule, un papier tout froissé,
Déplié, apparaît dans une écriture troublée, un poème d’adieu :
Terre cruelle, la lumière pleure sous ton soleil,
Adieu chant de printemps et bel oiseau de feu,
L’amour est un nid mort où poésie s’émerveille
Fragile lueur, mes écrits me réchauffent, un peu.
Quelques rimes fantômes ricanent en silence
Sur la lumière gainée de votre ombre chinoise,
Vous longez le long couloir de mes espérances
Dans un espace d’or que mes yeux apprivoisent.
Votre nudité, gantée de mes désirs obscurs,
Mais, là, où je tends la main vers votre futur,
Hier, me revient comme un hiver dur et cruel
Pur esprit, sans parure, emportez-moi au ciel.
La buée de vos lèvres sur des vitres glacées,
J’entrouvre ma fenêtre vers votre exil forcé,
N’ayez crainte, mon amour, trop tôt, fauché,
Dans l’au delà, je viendrais vous chercher.
Alain Meyer-Abbatucci